Hommage à Bernard Lazare.

Dès que j’ai entendu la décision du Président de la République de transmettre la mémoire des enfants juifs déportés, j’ai pensé à Bernard Lazare. Né à Nîmes en 1865, mort à Paris à 38 ans, épuisé par le travail et le combat. Cet homme a été le vrai, le premier, le plus combatif des défenseurs de Dreyfus. Trente ans avant le terrible plan d’extermination dont sa propre famille a été victime, il a démonté tous les mécanismes du racisme et de l’antisémitisme. Comment ne pas penser à Bernard Lazare qui tremblait à chaque injustice, qui s’indignait devant chaque bassesse, qui refusait le silence et l’oubli ? Comment ne pas l’entendre nous dire qu’avant la folie des hommes, avant les actes sans retour, il y a l’immense, le pesant, l’étouffant silence de tous ceux qui refusent de voir et acceptent sans parler. Si les hommes avaient regardé et parlé comme Lazare, aurions-nous à nous rappeler le nom des victimes ?
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Une des grandes émotions de ma vie a été de lire et relire les phrases puissantes et enthousiastes que Charles Péguy a consacrées à son ami juif. Ainsi, lorsque que Clemenceau écrit le 1° décembre 1903 : « Gloire éternelle à Zola pour avoir poussé le premier cri de réveil ! », Charles Péguy s’indigne publiquement :
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« Mon Dieu nous savons tous que ce sont les musiques militaires qui gagnent les batailles, et que la grosse caisse, en particulier, fait plus que l’artillerie pour effondrer les carrés ; nous savons cela ; c’est la croyance commune, universelle, et, pour prononcer le mot sacré, c’est la foi démocratique ; on l’enseigne des heures innombrables dans les écoles innombrables ; cela réussit auprès des élèves, auprès des foules, auprès des troupes, auprès des électeurs ; partout, on enseigne à tout venant que le pas de charge, que les tambours et clairons battant et sonnant la charge faisaient la conquête, et le gain des batailles ; mais entre nous enfin, hors de la politique, hors des manifestations scolaires, hors des élections, n’allons nous pas savoir que toute victoire et que toute bataille, que tout travail réside aux volontés constantes et fidèles des hommes, aux pertinacités des peuples et des races, aux intensités cérébrales, aux longévités volontaires intelligentes ; n’allons-nous pas savoir distinguer de l’éloquence et de ses foudres, de la représentation, de la manifestation, de la musique et du ressentiment, des cymbales et des rangées de tambours la haute et froide maîtrise, l’intelligente et rare volonté, le génie même, car c’est lui ; sommes-nous tombés si bas dans la défiguration politique parlementaire que nous ne sachions plus distinguer des Mirabeau et des Danton, des Jaurès et des paroliers, l’ardente volonté géniale d’un Richelieu, d’un Robespierre et d’un Saint-Just. Non pas que j’en aie à M. Clemenceau. Il a pu s’arrêter lui-même ébloui au foudroyant J’accuse de Zola. Mais un homme comme Clemenceau se devait à lui-même de retrouver au-delà de ce J’accuse éblouissant l’action unique, déterminante, fondamentale, originaire de Bernard-Lazare… »

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