La victoire des apparences

Cela fait des années que nous la préparions, jour après jour, cette ère nouvelle. La voilà consacrée. Celle du semblant, des papillotes, du clinquant, du brillant, de l’image, du paraître, du fond de teint. Nous en avons patiemment construit les outils, les rendant chaque année plus efficaces, plus faciles à utiliser, à maîtriser… Et nous voilà en 2008, avec nos spots, nos flash, nos cameras, nos amours princiers, nos costumes, nos paillettes, nos images, nos rêves…«Il faudrait qu’on vous voit plus souvent !». C’est vrai. C’est devenu très important d’être vu. Plus important que de faire. Donc je vais davantage me déplacer, promis, je ne suis pas mauvais bougre. D’ailleurs, ce n’est pas une question de choix, c’est une question de priorité. Et je dois cesser d’écrire, comme je le fais là, penser, creuser… Cela ne sert à rien. Il faut maintenant énoncer des idées simples sur un ton vigoureux. Des idées dont on sent bien qu’elles sont solides et décisives, sans même avoir besoin de les comprendre ou de les analyser. Si vous êtes par exemple incapable d’écrire deux lignes sur la Politique de civilisation, c’est qu’il s’agit donc d’une formule très moderne !

Ce niveau d’exigence, incontestablement revu à la baisse ; ces nouveaux critères de société, nettement moins regardants sur la solidité des convictions et la réalité des actes ; ce monde qui sacrifie la vérité aux apparences… tout cela n’est pas seulement inquiétant, c’est dérisoire au regard des enjeux qui sont les nôtres aujourd’hui. Au moment où le monde a besoin de regarder avec finesse les grands mouvements de société, de comprendre en profondeur les tensions qui menacent l’avenir, d’apporter des réponses réfléchies, travaillées, précises aux questions qui engagent peut-être notre survie (OGM, réchauffement climatique, pollutions, identités religieuses ou culturelles…), nous faisons le choix de la légèreté. Un peu comme si résignés et fatalistes, nous demandions à un animateur télé volubile et sans fond de nous amuser pour oublier les conflits et les problèmes.
 
Tout cela pourrait bien annoncer un temps différent, où nous devrons, dans l’urgence, trouver des solutions à tous ces problèmes. Il faudra alors être certainement très forts pour convaincre ceux qui tiendront les commandes du monde de laisser s’exprimer les citoyens.

6 commentaires sur “La victoire des apparences

  1. « Nous formons aujourd’hui des jeunes à des métiers qui n’existent pas sur des technologies qui n’existent pas pour régler des problèmes dont nous n’avons même pas conscience que ce seront des problèmes. »Désolé, j’ai oublié la source… mais pas la phrase.En d’autres termes, le temps est venu d’avoir une réflexion macro sur notre écosystème, qui soit profonde, solide et surtout basée sur des valeurs fortes.Une fois que tu es sûr de tes valeurs et que ton entreprise les a compris et se les est appropriée, tu vas pouvoir monter des « plans d’action flash », saisir des opportunités, t’adapter à un monde qui change – très – vite… Bref, préparer l’avenir de ta société, préserver le capital de tes actionnaires (ce sont les proprios !) et t’assurer que ton staff va travailler sur les bons sujets et dans un environnement propisce… donc va s’éclater au quotidien en joignant passion et boulot (être heureux au travail, c’est important, surtout quand on travaille beaucoup… et qu’on sait qu’il va falloir travailler plus !).A près, le coté people fait vendre… Tu ne peux pas demander à une société d’hyper-communicants de se contenter d’infos intelligentes !4 chiffres pour t’aider à mesurer l’ampleur du changement :Un américain de 21 ans (« just graduated » donc !) a déjà dans sa vie :- passé 20 000 heures devant la TV- passé 10 000 heures au téléphone- passé 10 000 heures à jouer à un jeu vidéo- a envoyé 200 000 messages numériques (emails, texto, Instant Messaging)… et je n’ai pas fait de faute de frappe.Inutile de te dire à la vue de ces chiffres que, d’une part, les supports ont besoin d’infos pour alimenter cette masse de flux et que d’autre part, les grandes entreprises vont devoir s’adapter dans des délais TRES COURTS car les « 21 ans US » sont en gros les « 19 ans européens » sur le plan des technologies. Ce sont donc les mêmes à qui tu vas vendre tes services dans 2 ou 3 ans et que tu va recruter pour venir enrichir tes équipes !Allez, une petite dernière (les gens qui n’ont rien à dire se cachent souvent derrière les citations) et je retourne travailler… Celle-ci est de Warren Buffet, investisseur notoirement incompétent et qui ne comprend rien au monde dans lequel on vit 🙂 »Si tu peux t’asseoir à l’ombre aujourd’hui, c’est parce que quelqu’un, avant toi, a eu la bonne idée de planter un arbre ! »Nous sommes nombreux, moi le premier, à regarder chaque jour où d’autres voudront s’asseoir à l’ombre, dans quelques années… mais nos arbres à nous vont devoir pousser bien plus vite qu’il y a qu’avant !

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  2. Qui prend la décision dans le monde contemporain ? La Télé. En politique, dans le droit ou dans l’économie, vous avez beau avoir raison, si le journaliste à la Télé dit le contraire, c’est lui qui a raison. Comme disait Michel SERRES l’arbitrage définitif dans notre société c’est le MEDIA.Donc des idées simples et être vue.

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  3. La communication est un art difficile. Les messages des madias, surtout télévisuels, et la communication en entreprise n’ont rien à voir. A la télé, la communication n’a pas d’intermédiaires, et s’il y a des commentaires à faire, c’est encore elle qui les fait.En entreprise, il y a la communication de la direction et celle plus générale qui circule dans l’entreprise, relayée le plus souvent et quotidiennement par son encadrement. Toute la difficulté est de faire en sorte que les deux soient identiques, ou pour le moins qu’elles s’imbriquent étroitement. L’enjeu consiste alors à s’assurer qu’il existe une parfaite cohérence entre les deux. Simplement….si j’ose dire

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  4. Pourtant en entreprise tout est également spectacle.Il suffit seulement d’observer (syndiqués ou non ) que depuis les présentations en réunion jusqu’à l’organisation de divers séminaires et conventions, en passant par l’annonce des objectifs et des réalisations, tout est devenu événement et spectacle avec les codes et les modes de communication qui vont avec.

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  5. Je suis impressionnée par l’ouverture d’esprit et la qualité des interventions de JP, DG d’une CR de Crédit Agricole … Etant moi-même employée… [texte effacé par le responsable du site]… je suis chaque jour effarée de constater le poids pris par la forme au détriment du fond. L’exemple nous vient des dirigeants qui le préconisent ouvertement aux candidats « managers » … le « savoir paraître » est plus important que le « savoir » tout court. J’ai peur d’un avenir tourné vers le superficiel où de plus en plus les compétences passent au second plan !

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