Perspectives mutualistes

La Caisse régionale de l’Anjou et du Maine organisait ce 13 décembre à Angers un colloque sur l’entreprise coopérative, continuant ainsi le sillon que nous avons ouvert à Pau, il y a un an. Des chefs d’entreprise, des universitaires, des dirigeants du Crédit agricole, ainsi que Michel Serres, académicien, ont illustré les facettes riches et variées de nos organisations.

Ouvrant la journée, Christine Lagarde, Ministre de l’économie, qualifiait le modèle coopératif, souvent décrié, de «viable, efficace, flexible et moderne». Pour elle, «être libéral» c’est «reconnaître les mérites de toute forme d’organisation, dès lors qu’elle n’entrave pas les libertés individuelles et qu’elle est pérenne». Tout en invitant les coopératives, sociétés de personnes, à ne «jamais perdre de vue l’intérêt collectif de leurs membres», elle a engagé le gouvernement à en défendre le statut auprès de l’Europe et appelé les groupes coopératifs européens à se rapprocher pour se donner «un souffle nouveau».

Pour Henri Noguès, professeur d’économie à Nantes, « la compétition a des limites, les entreprises ont besoin de coopérer », « il ne faut pas un seul type de façon d’entreprendre » car « l’entreprise n’est pas seulement là pour créer de la valeur ». Au-delà de la diversité nécessaire, de la relation de proximité et de confiance, il affirme que les coopératives participent de l’efficience de nos marchés. La capacité à innover est un de leurs devoirs. Il a ainsi été question du web qui se développe sur des principes mutualistes. Les sites les plus fréquentés ne reposent-ils pas sur le communautarisme, l’affinitaire, le partage de centres d’intérêt? Le succès du « virtuel » ne révèle-t-il pas la valeur du « réel », de la relation de proximité? Un homme nouveau n’est-il pas déjà perceptible, encore flou, qui adoptera des modes de relation différents avec ses contemporains?

Moment important quand il s’est agi d’opposer le Court terme à ce Moyen terme dont les coopératives sont justement les championnes. D’emblée, Jean-Louis Roveyaz, Président du Crédit agricole Anjou Maine, qualifiait le sociétaire d’usufruitier, expliquant l’obsession de la coopérative de «transmettre, en l’ayant amélioré, un outil au service du territoire». De là sa volonté permanente de développement et la nécessité du profit, pour investir pour l’avenir. Un dirigeant de coopérative agricole, pour qui le modèle a pour objet «d’être plus forts ensemble» pour «combattre la fatalité ensemble», ajoute que «l’enjeu d’une coopérative est de ne pas se tromper plus que ses compétiteurs», ce que doit lui permettre son système de gouvernance où se croisent les regards des sociétaires élus et des cadres.

Rappelant leur utilité aux hommes et aux territoires, consacrée par l’adhésion en Europe de 130 millions de clients, Jean-Paul Chifflet, Secrétaire général de notre Fédération nationale, a donné de cette action dans la durée un sens plus général, expliquant que le statut coopératif pérennise l’organisation, mais pérennise aussi les outils de banque et d’assurances dans chaque pays ainsi que les services aux femmes et aux hommes qui y vivent. Nos préoccupations actuelles bien concrètes, économiques ou sociétales, relèvent du Court terme, alors que le Moyen terme, par nature imprévisible, est moins facilement compris, fait remarquer Michel Serres. Difficile donc de prouver et de faire approuver notre différence!

Selon René Carron, Président de Crédit agricole SA: «le plus grand risque actuel, dans un contexte de globalisation et avec le déplacement du centre de gravité du monde vers l’Asie, c’est la rupture de médiation entre le citoyen et les structures politiques, économiques, financières. La chaîne de légitimité nous met en obligation de gérer des structures mondiales sans abandonner une seule parcelle du territoire!». Et Serge Papin, Président de Système U, souligne le risque de «déviance si les technostructures prennent le pas sur les adhérents». Les coopératives ne sont pas «clonables». Coopérer c’est «partir du bas» et la légitimité se gagne par l’action de terrain, prise dans une histoire et un territoire. On ne peut ni ramener les coopératives à un modèle unique, ni les instituer là où elles n’existent pas, ce qui complique leur reconnaissance et leur acceptation par une société qui n’aime pas les «brebis vertes»!

Dans cet univers globalisé, Michel Serres vante Cyrano qui a réussi une carrière mondiale (global) en affirmant son attachement à sa terre (local). Ainsi n’est-il ni étonnant ni embêtant que le mutualisme ne réponde pas d’une seule définition, qu’il soit marqué par la diversité, puisque le monde est lui-même marqué par la diversité. Et comment ne pas croire à l’avenir du mutualisme qui existe depuis des milliards d’années, depuis qu’une bactérie, tout en vivant sur le dos de son hôte, «a choisi» de lui faire du bien au lieu de l’affaiblir en la parasitant, donnant ainsi à la vie une formidable impulsion?

2 commentaires sur “Perspectives mutualistes

  1. A propos, en matière de membre de l’Académie, ll semblerait que le réputé libraire Gérard Collard, qui a fondé la librairie Griffe Noire, va postuler pour être à l’Académie !. Je trouve que ça donnerait un second élan à la noble institution, foi de Saint Maurien. Vous ne trouvez pas

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s