Le WEB 2.0 est-il mutualiste ? (2)

Depuis le début des années 80, la banque a connu une première désintermédiation par le développement des marchés financiers. Jusqu’à présent cette désintermédiation, caractérisée par la rencontre d’emprunteurs et de prêteurs sur un marché sans passer par l’intermédiaire d’une banque, a surtout concerné les entreprises et les investisseurs institutionnels. La banque de détail a conservé un quasi-monopole d’intermédiation entre dépôts collectés et prêts octroyés auprès de leur clientèle de particuliers. Le modèle coopératif autour duquel se développe le WEB 2.0 va-t-il être à l’origine d’une nouvelle désintermédiation financière, concernant cette fois la clientèle «retail» ?C’est ce que l’on peut penser lorsque l’on observe la création de nouveaux sites tels que

www.prosper.com ou www.zopa.com dont l’objet est de faciliter la rencontre entre emprunteurs et prêteurs individuels et, ce faisant, de court-circuiter les établissements de crédit pratiquant habituellement le financement des crédits personnels aux particuliers. Ces sites agissent comme courtiers, ils se rémunèrent par une commission d’intermédiation et ne supportent pas le risque.Le fonctionnement est assez simple. Chaque emprunteur affiche sur le site le montant de son emprunt, sa durée et fait l’objet d’un « scoring » qui permet de lui attribuer une note de risque et donc le niveau de taux de son emprunt. Les prêteurs indiquent le montant de leur capacité de financement et le niveau de risque qu’ils sont prêts à assumer. Le prêteur va réduire son risque en pratiquant une technique bien connue des banques : la division du risque. Il va ainsi partager le montant prêté entre différents emprunteurs. Autrement dit, l’emprunteur voit son emprunt divisé entre différents prêteurs et le prêteur voit la somme prêtée répartie entre différents emprunteurs. Sur Prosper, l’emprunteur peut ne retenir que les prêteurs qui lui offrent les taux les moins élevés. Il y a donc une véritable mutualisation du risque inhérent à un emprunteur donné entre différents prêteurs. En outre, la mutualisation du financement entre différents prêteurs permet aussi à l’emprunteur de

pouvoir emprunter une somme qu’aucun prêteur, pris individuellement, n’accepterait de prêter.

Bien sûr cela n’est pas sans risque pour le prêteur, puisque les recours vis à vis de l’emprunteur sont inexistants même si les sites concernés indiquent disposer de partenariats avec des sociétés de recouvrement. Il faut cependant noter que les taux sont élevés, la plupart du temps supérieurs à 10% et rémunèrent donc ce niveau élevé de risque. En fait, cela fonctionne aussi sur la confiance et par la « pression morale » exercée par la communauté. A l’instar du fonctionnement d’ « E-Bay » où les acteurs malhonnêtes sont mis au ban du site, il en est de même ici où tout défaut de paiement dégrade immédiatement la note de l’emprunteur voire l’exclut pour tout nouvel emprunt. Tout ceci ressemble étrangement au mécanisme inventé à la fin du XIXème siècle lors de la création des premières caisses locales de Crédit Agricole en France ou les caisses de crédit Raiffeisen en Allemagne.

Le Crédit Agricole vient de créer la première Caisse Locale sur Second Life. Celle-ci pourrait constituer un lieu privilégié, en 3D, de rencontre entre « sociétaires-avatars » prêteurs et « sociétaires-avatars » emprunteurs.

 

Un commentaire sur “Le WEB 2.0 est-il mutualiste ? (2)

  1. Ces formules de prêts directs entre individus peuvent avoir un attrait « militant », le plaisir de se passer de l’intermédiation de la banque… mais je constate que : Pour le préteur, le risque pris est énorme malgré sa division sur plusieurs emprunteurs. Pour l’emprunteur le taux est très élevé, plus en tout cas que celui de la banque. Cela est normal puisque la banque en gérant des masses financières importantes, divise mieux les risques, et a beaucoup plus de moyens pour apprécier la sovabilité des emprunteurs. C’est dailleurs pour ça que les premières Caisses locales de Crédit agricole, créées par réaction aux insuffisances des grandes banques commerciales, se sont très vite organisées elles-mêmes en banques pour être le plus efficaces possible. En tous cas, ces nouvelles formules ont le mérite de nous interroger et de nous rappeler toujours toujours à la finalité de notre action. Le service !

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