Queues de distribution

Albert EINSTEIN en prononçant ces mots : « Ce qui est incompréhensible, c’est que le monde soit compréhensible », s’étonnait lui-même, comme physicien, que notre monde puisse se mettre en équations. Cette pratique de modélisation a largement été utilisée en finance depuis le début des années 80. Ces développements mathématiques ont non seulement tenté d’expliquer les phénomènes de marchés mais ont été également à l’origine de tous les instruments financiers, dit dérivés, car séparés de la réalité sous-jacente. La valorisation de ces instruments repose sur des algorithmes mathématiques qui se sophistiquent au fil du temps et que seuls quelques initiés maîtrisent.Les dérivés de crédits font partie de la dernière génération de ces instruments. Ils représentent des portefeuilles de risques de différentes natures qui permettent à ceux qui en sont porteurs de s’en «débarrasser» en les cédant dans le marché à des investisseurs potentiels. Ces derniers y trouvent un intérêt dans l’espérance d’une rentabilité attractive pour une prise de risque, en théorie limitée, par une forte division et une importante diversification des actifs sous-jacents.

Afin de diviser encore davantage le risque, ont été créés récemment des dérivés de dérivés crédit, encore appelés «dérivés de crédit au carré». Chaque élément constitutif de ces instruments est lui-même un dérivé de crédit. Si la division du risque est alors poussée à l’extrême, on peut en dire autant de l’opacité de ces supports pour lesquels il est impossible de déterminer le risque final ainsi porté.

Dès lors, les porteurs sont confrontés à deux aléas. D’une part le risque de modèle, lié à une mauvaise appréciation des probabilités de survenance des risques selon les différentes configurations de marché. En langage de probabiliste, on parle de mauvaise estimation des «queues de distribution». D’autre part le risque d’asymétrie d’information entre le porteur du risque initial et l’investisseur, le premier ayant tendance à minimiser le degré de risques qu’il transmet au marché.

La crise de l’immobilier américain, désormais bien connue sous le nom de crise du «subprime», a eu pour conséquence de mettre le système financier international en difficulté pour ces deux raisons : d’un côté un problème de modèle consécutif à une sous-estimation des probabilités de défaillances massives en cas de retournement conjoncturel ; de l’autre une insuffisance d’information liée à l’opacité la plus totale des risques réels portés par ces instruments.

Nous assistons donc à une immense partie de poker où les banques se regardent en « chiens de faïence » en soupçonnant les autres de cacher des risques très importants tout en ayant elles-mêmes du mal à apprécier leurs propres risques. Ceci entraîne un blocage des financements interbancaires et oblige les banques centrales à jouer leur rôle de « prêteurs en dernier ressort » afin d’assurer un minimum de liquidité sur le marché monétaire.

On peut s’interroger, en ces temps de crise, sur la pertinence d’un modèle financier de plus en plus déconnecté de l’économie réelle. Des enseignements seront sans doute tirés au lendemain de cette crise : on ne peut durablement créer de la richesse de façon indépendante de celle créée dans la « vraie vie ».

Un commentaire sur “Queues de distribution

  1. La titrisation devait conduire à un financement plus fluide de l’économie réellee.Mais les banques qui effectuent ce montage financier se moquent de la qualité du risque qu’elles ne portent pas.Nous auront donc, une fois de plus, un renforcement tous azimuts de la règlementation, d’autant plus facilement qu’on nous prédira encore une fois l’imminence du jugement dernier.Dieu est-il mathématicien?

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