Vers des organisations plus mutualistes ?

C’est devenu une banalité de constater que les nouvelles technologies de l’information révolutionnent notre façon de travailler et notre rapport à l’autre au sein de nos entreprises. La multiplicité des sources d’information, la rapidité de transmission et la facilité d’accès omniprésente caractérisent sans doute cette nouvelle époque.Pour autant, face à ce phénomène, chacun peut se comporter de façon différente. Schématiquement, trois attitudes peuvent se rencontrer. Les deux premières étant bien sûr une caricature des écueils à éviter, la troisième étant sans doute celle vers laquelle il faut tendre.

Première attitude possible : la rétention d’information, dans un schéma où l’information et la maîtrise de sa diffusion est une manière de démontrer par l’absurde que soi-même ou son équipe est indispensable à la marche de l’entreprise. Ce comportement est sans doute en voie de disparition mais il constitue encore le modèle dominant dans certaines organisations .

Deuxième attitude envisageable, tout aussi néfaste au bon fonctionnement de l’organisation : l’usage abusif de la messagerie. Eric ALBERT, médecin psychiatre, spécialiste des comportements au travail classe les envois compulsifs d’e-mails en trois catégories, qui cachent souvent, de la part des émetteurs, des attitudes auto-protectrices. Il y a tout d’abord « l’information remplissage » ; une manière de se rassurer sur la densité de son activité par un envoi toujours plus massif d’e-mails. Il existe aussi « l’information parapluie » ; si j’envoie une information par e-mail, on ne pourra pas me reprocher de ne pas l’avoir transmise, sous-entendu le problème est traité (pour moi). On trouve aussi parfois « l’information défausse » ; je ne sais pas traiter le problème donc je renvoie ou je transmets de façon, peut-être, à éviter d’avoir à le traiter, selon la bonne vieille technique de la « patate chaude », appelée aussi celle du « singe sur l’épaule ».

De ces comportements, s’ensuit très vite le sentiment de surabondance d’informations. Cette perception provient du fait que nous sommes souvent noyés sous une avalanche de données non traitées et non pas sous une avalanche d’informations utiles. Pour Eric ALBERT, une information « c’est un ensemble de données qui sont traitées pour leur donner du sens ».

Troisième attitude, sans doute la meilleure pour tirer pleinement profit de ces nouvelles technologies de l’information, consiste à faire preuve d’empathie vis-à-vis de celui à qui s’adresse l’information en y apportant de la valeur ajoutée utile pour lui. La bonne règle à respecter pourrait être : « ce qu’il faut, quand il faut, à qui il faut ».
Chaque acteur de l’entreprise devient alors un contributeur essentiel à l’intelligence collective. Il se positionne, c’est-à-dire est actif, par rapport aux informations même lorsqu’elles ne relèvent pas directement de son champ d’actions ou de son niveau hiérarchique. Il se situe, comme au cœur d’un réseau neuronal, un nœud de passage de l’information en liaison avec tous les autres et, ce faisant, il décuple ainsi l’efficacité de l’organisation.

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On sait aujourd’hui que, bien souvent, ce qui fait la différence entre les entreprises, c’est leur capacité à capter les informations de leur environnement et surtout à en avoir une intelligence susceptible de leur permettre d’agir avec un « coup d’avance ». C’est donc le comportement de chacun qui peut contribuer à renforcer cette intelligence collective. Il s’agit non plus de faire circuler l’information uniquement par rapport à sa performance individuelle mais aussi pour apporter une contribution au développement de l’entreprise. J’emprunte encore à Eric ALBERT cette définition de la contribution : « Elle concerne l’ensemble des actions qui contribuent à la performance de l’entreprise, à travers et au delà de la mission de base de l’intéressé. »
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Entreprise en réseau, fonctionnement en mode projet, contribution à l’intérêt collectif de l’entreprise, intelligence collective… N’est-ce pas finalement une nouvelle forme de mutualisme qui se développe au sein de nos entreprises, impulsée par la formidable puissance des nouvelles technologies, si elles sont utilisées à bon escient ?

Un commentaire sur “Vers des organisations plus mutualistes ?

  1. Sans doute esquissez vous dans ce post l’avenir, très court terme, des outils que tous les (bons) mutualistes, banquiers ou pas d’ailleurs, devront proposer à leurs adhérents. Apprendre à travailler en réseau est en effet sans doute l’un des principaux avantages compétitifs occidentaux modernes et l’une des conditions à développer rapidement pour maintenir la croyance dans le progrès et les valeurs sociales… Formulons des voeux, de clients CA, pour que votre banque innove dans ces domaines. Cordialement. JPJ

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