L'entreprise mutualiste réinventée ?

Milton FRIEDMAN (1912-2006), Prix Nobel d’économie 1976, chef de file de l’Ecole de Chicago et père de la théorie du « monétarisme », était un fervent partisan du libéralisme « pur et dur ». A ce titre, on lui attribue la phrase suivante, « The business of business is business » que l’on peut traduire approximativement ainsi : « La seule responsabilité sociale de l’entreprise est de faire des profits ».

En ces temps de prise de conscience de la nécessité pour les entreprises d’asseoir leur développement sur des principes de développement durable, nécessité que les préoccupations environnementales grandissantes et certains scandales financiers récents ne font que renforcer, confère à cette citation la tonalité d’une époque qui semble révolue.

Certes, l’entreprise « cellule souche » du développement économique, doit faire des profits pour assurer son développement et garantir une juste rémunération de la prise de risque des apporteurs de capitaux. Sans entreprises profitables, il n’y a pas de création d’emplois et donc pas de revenus susceptibles d’assurer le bien-être de « l’homo œconomicus » que nous sommes tous.

Au-delà de ce rôle économique fondamental, d’autres « missions » semblent aujourd’hui devoir être confiées aux entreprises qui, d’une certaine manière, vont à l’encontre de la pression « court-termiste » exercée par les marchés financiers. Dans ce sens, un certain nombre d’orientations ont été avancées par les organisations internationales. Citons, par exemple, le « Global Compact », mis au point par l’ONU en 1999, qui propose aux entreprises d’adhérer à dix grands principes dans les domaines des droits de la personnes, du travail et de l’environnement, ou encore le Conseil Européen de Lisbonne de 2000 qui a inscrit la responsabilité sociale et environnementale au premier rang des priorités politiques. Ainsi à la conception de l’entreprise, préoccupée exclusivement de ses intérêts économiques et tenue de rendre des comptes aux seuls actionnaires (« shareholders »), se substitue graduellement une vision de l’entreprise ouverte sur toutes les parties prenantes (« stakeholders ») impliquées dans ou par son fonctionnement. Cette prise de conscience progressive est d’ailleurs accélérée par la pression plus ou moins forte, selon le secteur d’activité, exercée par les pouvoirs publics, les consommateurs, les organisations de protection de l’environnement,…

Ian DAVIS, Directeur Général du cabinet conseil en stratégie MAC KINSEY, que l’on ne peut pas soupçonner d’être un « doux rêveur écolo » ne dit d’ailleurs pas autre chose, lors d’une interview récente : « D’un point de vue stratégique comme moral, il est vital pour l’entreprise de s’engager socialement , (…), Le dirigeant qui sait être à l’écoute des préoccupations sociétales, comme par exemple le souci du changement climatique, s’ouvre de nouvelles opportunités ».

Cette nouvelle « entreprise attitude » doit se traduire au plan économique par un développement favorable au territoire sur lequel l’entreprise intervient, par une éthique pratiquée, en interne et vis-à-vis des tiers, à tous les niveaux de l’entreprise, par une équité sociale des rémunérations, par la recherche constante d’une réduction de l’empreinte environnementale.

Notons que ces préoccupations de développement durable peuvent en elles-mêmes être un puissant facteur favorisant les innovations et le développement économique qui en découle.

Développement économique pour et sur son territoire, équité des rémunérations, éthique,… autant de valeurs inscrites dans les gènes de l’entreprise mutualiste. Le développement durable n’est-il pas en train de réinventer l’entreprise mutualiste ? En tout cas il lui donne une évidente modernité.

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