Changements

Le changement n’est plus ce qu’il était. Nous sommes bousculés par la circulation rapide et fluide des biens, des personnes et des fichiers que rien ni personne ne retient. Et puisqu’il n’est plus possible de prévoir, de se faire une idée précise de ce qui sera, nous voilà appelés à nous préparer, nous mettre en état de nous adapter aux effets de toutes ces incertitudes.Cette accélération du changement tire sur notre vieille déchirure entre le besoin de «faire pareil», de soigner nos repères, nos habitudes, tout ce qui nous rend le monde familier, et la réalité de l’instabilité des choses, même des climats.

Cette vieille contradiction est incarnée par deux philosophes présocratiques, Parménide d’Elée et Héraclite d’Ephèse. Pour Parménide d’Elée, rien ne change. Etre et penser

sont une seule et même chose. L’Être est sans commencement, éternel, immuable, continu, hors du temps. Face à ce grand immobile, Héraclite d’Ephèse apparaît comme le «mobiliste» universel. Pour lui, rien n’est permanent, sauf justement le changement, tant il est vrai « qu’on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve ». Une pensée plus difficile à accepter sans doute (d’où son surnom «d’Obscur»?), mais qui tient la corde…Alors, quelles qualités cultiver pour être mieux « préparés » ?

– D’abord, la curiosité, l’étonnement, le doute. S’entraîner à se laisser surprendre. Eprouver sa disposition propre à changer de point de vue, pour accroître sa capacité à voir, à comprendre, et à prendre les bonnes décisions.

– Ensuite, la capacité à remettre en cause sa façon de travailler. Je peux travailler, travailler beaucoup, avoir le sentiment de bien travailler, et me trouver tout simplement dans l’erreur, «hors sujet». Il ne suffit pas de creuser pour trouver de l’or.– Se déshabituer, ce qui est très difficile, parce qu’il est bien plus dur de laisser tomber les vieilles idées que d’avoir des idées neuves. C’est pourtant essentiel car nous n’avons plus le temps de superposer les choses. Nous devons choisir, donc renoncer.

Les entreprises coopératives ont cela de particulier que, dès lors que leur gouvernance et leur management respectent la lettre et l’esprit de leurs statuts, elles donnent l’initiative à leurs structures décentralisées, proches du terrain, c’est-à-dire proches du monde et des gens. Leur changement n’est pas le fait de quelques décideurs parisiens, aussi lucides et géniaux soient-ils, mais bien celui de milliers de gens qui sont en mesure de «capter» ce qui bouge et qui ont la capacité de changer leur façon de faire. Ce système fonctionne si tous ces gens-là se reconnaissent le droit, ressentent le devoir, éprouvent le désir de faire ce difficile travail d’adaptation. Quand c’est le cas, l’efficacité de nos organisations est redoutable.

Un commentaire sur “Changements

  1. Les 3 points que vous mettez en avant sont fondamentaux, car c’est la seule approche pragmatique pour avancer…On peut faire un parallèle avec la mondialisation : Un débat oppose ceux qui souhaitent la combattre et ceux qui souhaitent en profiter. Je vais créer un troisième mouvement, qui est ceux qui veulent la comprendre, pour la maitriser et l’utiliser en fonction de leurs valeurs propres, qui sont elles, intemporelles.Sur la façon de travailler, tout comme sur le monde qui nous entoure, la société, etc… tout est affaire de capacité à percevoir, puis se remettre en question pour apprendre et enfin à maitriser pour bien utiliser et être prêt pour la vague suivante.Ce billet est excellent 🙂

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