La banque en fusion

Quelle mouche a piqué M. BOUTON ? L’annonce, vendredi dernier, par le PDG de la Société Générale, du mandat confié à deux banques conseils en vue d’étudier les conditions d’une OPA amicale ou hostile sur BNPP a fait l’effet d’une bombe dans le monde de la finance. A première vue, la pertinence de ce rapprochement ne semble pas évidente. En effet, il apparaît peu générateur de complémentarités, tout du moins en France, où les deux établissements se sont développés, avec succès, sur les mêmes métiers et auprès de clientèles de même nature. La complémentarité ressort davantage à l’international où la « Générale » affiche un positionnement intéressant dans les pays de l’Est et où BNPP a pris une place significative aux Etats-Unis. De plus, selon une première analyse, un tel rapprochement pourrait générer un peu plus de 2 milliards d’euros de synergies. Gageons donc que les dirigeants de « SOCGEN » n’ont pas lancé ce pavé dans la mare à la légère et sans avoir pesé tous les avantages et inconvénients à en attendre. Il est vrai qu’ils se devaient de réagir, après l’opération manquée en Italie avec UniCrédit. En outre, pour avoir été présentée de longue date, comme une cible potentielle, il est de bonne guerre, que, pour une fois, la proie passe à l’offensive. Une telle opération pourrait également constituer une protection efficace contre les appétits des grandes banques américaines dont le niveau de capitalisation boursière pourrait leur permettre d’avaler sans difficulté une banque de la taille de la Société Générale.Après la campagne d’Italie de 2006, puis celle des Pays-Bas en ce début d’année avec ABN AMRO au centre du champ de bataille, la guerre des banques européennes semblent bien relancée. Va-t-elle se poursuivre par une bataille de France ? Il est certain qu’avec plus de 15% de parts de marché domestiques, le nouvel ensemble BNPP-SOCGEN, s’il devait se constituer, rebattrait les cartes des positions respectives des différents acteurs.

Et les banques mutualistes dans tout cela ? Sous peine d’être marginalisées, elles ne peuvent rester à l’écart des mouvements en cours. Elles bénéficient de l’avantage de ne pas être « opéables » de par la structure capitalistique de leurs « têtes de pont » cotées sur les marchés. C’est en même temps un handicap car elles ne bénéficient pas, au plan de leur valorisation, d’une prime spéculative. Pour jouer dans la partie, elles disposent encore de réserves de fonds propres significatives par l’intermédiaire de ceux de leurs entités régionales qui détiennent plus de la moitié du capital de leurs véhicules cotés. Cependant, la taille des opérations aujourd’hui susceptibles de s’opérer représentent des investissements considérables de plusieurs dizaines de milliards d’euros, la question se pose donc de savoir si elles pourront y participer sans faire baisser le pourcentage de contrôle détenu en interne. Dans une telle hypothèse, des alliances visant à renforcer leurs capacités d’actions, entre banques de même type, c’est-à-dire mutualistes, partageant les mêmes valeurs et les mêmes modèles organisationnels pourraient avoir du sens. Non pas en France, mais notamment en Allemagne, première économie européenne, où le secteur bancaire est encore peu concentré et où le nombre de banques mutualistes est important. Cette caractéristique est historique, l’Allemagne, en effet, a été le berceau, au XIXème siècle, des Caisses RAIFFEISEN, dont le modèle est à l’origine de toutes les banques mutualistes que nous connaissons aujourd’hui.

D’une façon générale, les entreprises coopératives et mutualistes ont clairement un rôle important à jouer dans la recomposition du paysage économique européen. D’ailleurs, dans une autre secteur d’activité, le Groupe coopératif, basque espagnol MONDRAGON, vient de le montrer en soufflant, par l’intermédiaire de sa filiale EROSKI, « au nez et à la barbe » de CARREFOUR, le Groupe catalan de supermarchés CAPRABO.

Alors le mutualisme est-il soluble dans le capitalisme ? Ce n’est peut-être pas encore écrit.

2 commentaires sur “La banque en fusion

  1. Avec les entraves que constituent la difficulté de réunir les capitaux (faute de possibilité d’augmentation de capital) ou de payer en papier (en échanges d’actions), on peut se demander si les banques coopératives ne devraient pas s’attaquer au statut privilégié des banques capitalistes, statut qui constitue en l’espèce une concurrence faussée.Ce ne serait qu’un juste retour des choses face à ceux qui reprochent aux banques coopératives leur caractère non opéable…

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  2. Merci pour ce commentaire. En effet, d’où la nécessité pour les banques mutualistes d’unir leurs forces pour pouvoir jouer à armes égales au plan de la puissance financière.

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